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Le bond inquiétant des arrêts maladie de longue durée

Le bond inquiétant des arrêts maladie de longue durée

Une étude de Malakoff Humanis en révèle une hausse de 30 % cette année. Un phénomène auquel l’angoisse liée à la crise, le confinement et le télétravail ne sont pas étrangers.

QUEL EST IMPACT du Covid19 sur l’absentéisme au travail en 2020 ? Selon le baromètre annuel de Malakoff Humanis*, que nous dévoilons en exclusivité, il est, à première vue, assez faible. « Seuls 6 % des arrêts courts (moins d’une semaine) ont pour motif déclaré le Covid-19 », explique AnneSophie Godon, directrice de l’innovation au sein du groupe de protection sociale. Dans le détail, 15 % des salariés interrogés courant septembre par l’Institut français d’opinion publique (Ifop) pour Malakoff Humanis ont déclaré avoir connu cette année les symptômes du virus mais seul un quart d’entre eux a dû être arrêté. Un chiffre qui cache des pics, comme en avril où le Covid-19 représentait un quart des arrêts de travail. Globalement, le confinement et le chômage partiel ont fait chuter de huit points par rapport à 2019 les arrêts courts prescrits à 36 % des salariés.

Des troubles musculaires liés au télétravail.
A l’inverse, l’étude pointe un bond des arrêts maladie de longue durée. De 9 % des arrêts en 2019, ils grimpent cette année à 12 %, soit une progression de 30 % et une durée moyenne de quatre-vingtquatorze jours ! « Le Covid-19 ne représente pratiquement rien dans ces arrêts », souligne Anne-Sophie Godon, chargée de l’étude. En fait, « 44 % des salariés concernés ayant plus de plus
de 50 ans, la hausse est beaucoup liée au vieillissement de la population active. Et 14 % sont dus aux troubles psycho-sociaux », poursuit-elle, avant d’évoquer « l’impact durable, selon elle, de la non-prise en charge des maladies graves durant la crise sanitaire ». Le Covid joue aussi un rôle diffus dans les principales causes d’absentéisme qui restent la maladie ordinaire (29 % des arrêts), les troubles musculo-squelettiques ou TMS (17 %) et les troubles psychologiques (15 %). Exemple : les TMS représentent 28 % des arrêts chez les salariés qui ont télétravaillé au moins trois jours. « Cela prouve que l’entreprise doit leur proposer des matériels dont ils disposent au bureau : grand écran, souris verticale, conseils… », glisse la spécialiste de l’innovation. De même, l’employeur et le
management doivent veiller au bien-être des salariés confinés car, selon l’étude, les arrêts pour troubles psychologiques (burn-out, dépression…) sont devenus la deuxième cause d’arrêt de travail en mai dernier, passant de 9 % des arrêts en janvier à 14 % pendant le confinement ! Plus inquiétant, lors du déconfinement, le chiffre a continué à augmenter pour se stabiliser depuis autour de 18 % !

Désengagement des salariés.
« Il y a une anxiété liée au contexte économique et sanitaire et aux effets du confinement », analyse Anne-Sophie Godon. Le problème est d’autant plus inquiétant que ces troubles « représentent 6 % des arrêts courts mais 18 % des arrêts moyens et 14 % des arrêts de plus d’un mois, la durée pouvant dépasser six mois en cas de burn-out ou de dépression. » Enfin, l’observatoire rapporte l’inquiétude des employeurs vis-à-vis de l’engagement de leurs salariés : plus de la moitié estime que cette implication dans le travail a baissé cette année. D’où le conseil d’Anne-Sophie Godon : « C’est un mouvement de fond, les salariés veulent plus d’autonomie et concilier vie professionnelle et vie perso. La prévention est plus que jamais une obligation », assène-t-elle.

Etude réalisée par l’Ifop pour Malakoff Humanis auprès d’un échantillon de 2 008 salariés et 405 dirigeants ou DRH d’entreprises du secteur privé, du 24 août au 24 septembre 2020.

Reference : Journal Le Parisien du lundi 16 novembre 2020.