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La dixième journée de mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites

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DOSSIER SENIOR face à la crise

En haut de la pile Vous avez forcément déjà entendu parler du dispositif du ministère du Travail baptisé Un jeune, une solution. Sept milliards d’euros pour inciter les entreprises à embaucher un débutant de moins de 25 ans, malgré la crise du Covid. Mais connaissez-vous son pendant : Un senior, une solution ? Non ? C’est normal, il n’existe pas. Sur le site du ministère, tapez « jeunes ». Résultat : 1 096 occurrences. « Seniors » n’en compte que 137. Et pourtant, l’emploi des plus de 50 ans est lui aussi menacé par la crise sanitaire. Plusieurs secteurs fragilisés par la crise vont bientôt être confrontés à des restructurations. Sans compter les risques de faillites. Les dossiers des quinquas, avec leur salaire élevé et un âge qui flirte avec la retraite, sont en haut de la pile des licenciements. Beaucoup risquent de se retrouver sur le carreau — à Pôle emploi, donc — à la recherche d’un nouveau job. Compliqué à cet âge-là. Les entreprises rechignent et les coups de pouce de l’Etat se font rares. La « retraite progressive » (le droit après 60 ans de continuer à travailler partiellement, tout en touchant une partie de sa pension) séduit peu ; le « contrat de génération » (qui incitait les entreprises à embaucher un jeune à condition de garder un senior) a vécu. Reste le « contrat de professionnalisation » : une entreprise perçoit une aide de 2 000 € si elle accueille dans ses rangs un salarié de plus de 45 ans en formation. C’est maigre. Pour amortir le choc, certaines grandes entreprises comme PSA ou Airbus ressortent des cartons la fameuse « préretraite », qui permet à un salarié autour de 58 ans de finir sa vie professionnelle avec 70 % de son dernier salaire, sans passer par la case chômage. Avantageux, mais pas vraiment dans le sens de l’histoire. Faut-il rappeler qu’à un horizon, certes encore lointain, l’objectif du gouvernement est de retarder l’âge de la retraite ?

N’oublions pas les seniors !

De nombreux acteurs économiques alertent sur le risque que les salariés âgés de plus de 50 ans payent un lourd tribut à la crise.

POUR PARAPHRASER un récent discours présidentiel, on pourrait dire que c’est dur d’avoir plus de 50 ans, en France, en 2021. Déjà affectés par la crise sanitaire, les seniors pourraient bientôt l’être également sur un autre plan, celui de l’emploi. Début février, l’Insee a annoncé que 360 500 emplois avaient été détruits dans le secteur privé en France en 2020, soit une baisse de 1,8 % qui intervient après cinq années de hausse consécutives. Nombre d’experts tirent la sonnette d’alarme. Ils appellent le gouvernement à prendre en compte, outre les jeunes, les salariés en fin de carrière, âgés de plus de 50 ou 55 ans, dont le taux d’emploi pourrait diminuer à mesure que les restructurations et plans de départs volontaires se multiplient. Une situation d’autant plus préoccupante que la France, à la traîne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en la matière, était parvenue, ces dernières années, à augmenter le taux d’emploi des salariés les plus âgés. « Nous considérons que les seniors vont être plus exposés au chômage dans la période qui s’ouvre », souligne Benoît Serre, directeur des ressources humaines (DRH) et vice-président de l’Association nationale des DRH (ANDRH). De son côté, Gilles Gateau, le directeur général de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), insiste sur la nécessité d’être « très attentif à ce que la France ne connaisse pas une régression sur le sujet ». « Du côté des entreprises, la tentation peut être très forte de proposer des mesures de départ anticipé », alerte-t-il. L’ANDRH se prononce en faveur d’« un plan seniors à la hauteur du plan des jeunes » avec l’extension aux seniors et aux chômeurs de longue durée des aides à l’embauche déjà existantes pour les 18-25 ans.

Le spectre des ruptures conventionnelles collectives Qu’en disent les premiers concernés ?

« Dans ce contexte anxiogène, la crainte du licenciement augmente, en particulier chez les plus jeunes et les seniors », note l’Apec dans son baromètre des intentions de recrutement et de mobilité des cadres, début février. 84 % des cadres seniors considèrent que retrouver un emploi équivalant à celui qu’ils occupent aujourd’hui serait difficile, constate aussi l’Apec. Ces derniers mois, de nombreux grands groupes, comme Renault, Safran, Michelin ou ADP, ont déjà incité leurs salariés âgés à partir en préretraite pour réduire leur masse salariale. Des dispositifs basés sur le volontariat des salariés, souvent actionnés par l’intermédiaire de ruptures conventionnelles collectives (RCC), outil créé par les ordonnances Macron de 2017. Pour rappel, ce dispositif permet à l’entreprise, par accord collectif, de supprimer des postes en dehors de tout licenciement ou raisons économiques. « L’une des craintes des syndicats est que ce dispositif soit utilisé pour faire partir des seniors. Pour l’entreprise, c’est moins coûteux que les plans de sauvegarde de l’emploi. Les conditions sont négociées, cela peut donc faciliter la mise en place de plans de départs », souligne Christine Erhel, économiste au Conservatoire national des arts et métiers, spécialiste de l’emploi. Pourtant, si l’on s’en tient aux chiffres officiels, les plus de 50 ans ne semblent pas, pour l’instant, plus affectés par le chômage : leur nombre en catégorie A a augmenté en 2020 de 7 % quand, dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi s’est accru globalement de 8 %.

Des salariés très coûteux pour les entreprises Mais ces chiffres pourraient bien évoluer.

« Il ne faut pas minimiser le phénomène de renoncement qui touche actuellement les demandeurs d’emploi, estime Gilles de Labarre, président de l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC). Ces derniers mois, ils ont l’impression que le marché de l’emploi est bloqué et ne s’inscrivent plus. Mais, une fois qu’ils entrent dans les statistiques, les plus de 50 ans ont une durée d’inscription très au-dessus de la moyenne. »

Autre facteur : leur rémunération, qui les expose davantage. « Quand une entreprise cherche à se restructurer, elle regarde les postes les plus coûteux. Or, ce sont les salariés les plus anciens qui coûtent cher », constate Olivier Mériaux, directeur d’études au cabinet Plein Sens et co-auteur, en 2019, d’un rapport sur l’emploi des seniors. Avant de mettre en garde : « En souhaitant trouver des réponses rapides à une situation difficile, les entreprises risquent de laisser partir des compétences invisibles et précieuses. »

« Ils risquent de payer une partie du coût de la crise »

Bruno Ducoudré, économiste spécialiste du marché de l’emploi.

ÉCONOMISTE à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Bruno Ducoudré pointe le danger que les seniors soient davantage la cible des plans de départs en cas de restructurations massives dans les entreprises.

BRUNO DUCOUDRÉ Observe-t-on actuellement une hausse du chômage des seniors ?

Pour l’instant, les chiffres restent plutôt stables. En 2020, les seniors ont été protégés, ils sont davantage en CDI que les salariés moins âgés et ont plus bénéficié de l’activité partielle. Par ailleurs, si vous êtes senior et que vous perdez votre emploi, vous avez a priori acquis des droits. Vous bénéficiez du filet de la Sécurité sociale via l’Unédic et Pôle emploi, ce qui n’est pas le cas pour certains jeunes.

Comment leur situation peut-elle évoluer ?

 Sur les deux ou trois ans qui viennent, on peut assister à une montée des faillites d’entreprises et à des restructurations massives. Les entreprises vont alors devoir ajuster l’emploi pour compenser les pertes liées à la crise du Covid. L’impact social serait alors davantage ciblé sur les seniors.

Pourquoi ?

Ce sont les salariés de plus de 50 ans qui touchent les rémunérations les plus élevées. Les entreprises ont d’autant moins de scrupules à se séparer de salariés âgés, ou à faire des plans qui incluent leur départ, qu’ils sont proches de la retraite. Ce phénomène peut être « amplifié à l’avenir. Les seniors risquent de payer une partie du coût de la crise. Les entreprises sont largement aidées par l’Etat avec les PGE (prêts garantis par l’Etat). Le jour où il faudra rembourser, il se pourrait qu’il y ait des vagues de faillites. Dans ce cas, on peut se retrouver avec 100 000 ou 200 000 chômeurs de plus, dont des seniors qui ne retrouveront pas facilement un emploi.

 Comment expliquer la discrimination à l’embauche liée à l’âge ?

 Il y a une déveine à être catégorisé senior sur le marché du travail. Pour certaines entreprises, c’est une question d’habitude. Elles préfèrent embaucher des jeunes car ils coûtent moins cher. D’autres refusent de prendre un senior parce qu’elles ont dans l’idée qu’il ne va pas s’investir, qu’il ne va rester que deux ou trois ans, avoir du mal à être dirigé par une hiérarchie plus jeune. C’est encore pire pour les femmes seniors, qui sont doublement pénalisées.

 Cela dans un contexte où le gouvernement compte toujours mettre en œuvre sa réforme des retraites…

 Cela entre effectivement en conflit avec la volonté du gouvernement de prolonger la durée des carrières et repousser l’âge de départ à la retraite. Si les entreprises sabrent dans leurs effectifs, cela va retarder les effets attendus de la réforme qui sont, justement, de faire travailler les gens plus longtemps. Avec cet objectif que les salariés partent plus tard pour que, quand ils partent, ils aient accumulé assez de droits pour toucher une pension convenable.

Réfèrence:

97 Rue de la Mertzau 68100 Mulhouse.

Tel: 06-50-59-19-66

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