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Comment Keolis et Transdev ont réussi à traverser la crise-Analyse FO SOLEA

Comment Keolis et Transdev ont réussi à traverser la crise + Analyse FO SOLEA

Keolis et Transdev, deux des trois principaux opérateurs privés des transports publics, viennent de présenter leurs résultats financiers pour 2020. Un exercice qui permet de comprendre comment ils ont résisté à la crise qui les a très durement impactés. L’occasion également de voir ce que l’avenir leur réserve…

L’ouverture du marché des bus franciliens attirent les convoitises des opérateurs privés, avec à la clé un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros.

On a beaucoup parlé de la façon dont la crise sanitaire avait impacté les transports publics sous le prisme des collectivités. Mais qu’en est-il du côté des opérateurs privés ? Ces 9 et 10 mars 2021, Keolis et Transdev, deux des trois principaux partenaires des  collectivités (avec RATP Dev) présentaient leurs résultats financiers pour 2020. L’occasion de mesurer par les chiffres l’ampleur de cette crise, la capacité de ces acteurs à se maintenir à flot pendant la tempête, et leur vision pour l’avenir.

Les chiffres qui illustrent la crise

Pas de surprise, les chiffres d’affaires de ces deux entreprises – qui sont présentes dans le monde entier – ont chuté.  Mais pas tant que cela. Celui de Keolis (filiale du groupe SNCF) a dévissé de 7% par rapport à 2019, atteignant 6,1 milliards d’euros, et celui de Transdev de 9%, à 6,8 Md€.

Par contre, leur rentabilité s’est plus fortement dégradée : Transdev a essuyé des pertes de -109 M€, contre un bénéfice de +46 M€ en 2019. Keolis n’a pas communiqué sur son résultat net, sans doute pour ne pas révéler un mauvais chiffre, mais a publié un résultat net récurent de -101M€ (les pertes nettes doivent être plus importantes), versus +47 M€ un an plus tôt. Si l’on regarde l’EBITDA, qui donne une idée de la rentabilité opérationnelle d’une entreprise, celui de Transdev a dévissé de -22% à  521 M€, sensiblement, comme celui de Keolis (-24%, à 532 M€), ce qui permet de mesure l’impact de cette crise.

« Le transport public est une activité à faible marge et à coûts fixes, explique Marcos Garcia, directeur financier de Transdev. Il fallait abaisser ces coûts pour tenir le choc », explique-t-il. Et c’est ce qu’ils ont réussi à faire : en s’appuyant sur les mesures de soutien des Etats (dans tous les pays où ils sont présents), en négociant contrat par contrat avec les collectivités, en procédant à des plans de réduction des coûts, en revendant des foyers de pertes (les activités aéroportuaires), les dégâts ont été limités. Pour Keolis, l’impact de la crise a été ramené de 519M€ à 189 M€, et pour Transdev, de la même façon, il a été contenu à 285 M€.

Les investissements sont maintenus

A la lecture des résultats, la santé de ces deux entreprises est plutôt bonne. L’endettement a été réduit, et les investissements ont été maintenus en 2020. Ce dernier point est important, car ces entreprises, qui investissent pour le compte de leurs clients, surtout des collectivités, auraient pu les réduire ou les différer.
Ainsi, 721 M€ ont été investis par Transdev (+62M€ vs 2019), « avec une priorité sur la transition énergétique et digitale », explique Thierry Mallet, président du groupe.
« Avec la transition énergétique, on est dans un moment où nos clients nous demandent d’investir », explique Marcos Garcia. Par exemple pour remplacer des bus thermiques par des bus électriques, notamment en début de contrat, comme à Göteborg en Suède, avec pas moins de 138 M€ mis sur la table sur ce seul contrat.

Marie-Ange Debon, présidente du directoire de Keolis confirme la tendance : « Nous opérons une plus grande sélectivité sur les investissements, mais pas sur nos obligations contractuelles. Et nous avons arrêté les acquisitions ».

Les deux acteurs l’ont reconnu : les collectivités ont joué un rôle clé pour les aider à traverser la crise. La rentabilité de ces contrats est souvent assise sur la capacité des opérateurs à atteindre des objectifs, et principalement sur la fréquentation des transports (15% du CA de Keolis dépend des recettes réalisées !).

Des négociations ont donc eu lieu entre collectivités et opérateurs, pour compenser les pertes de recettes, et les élus ont très majoritairement accepté de neutraliser cette variabilité sur les recettes.

« Les AOM ont accepté nos conditions en raison du caractère externe de la crise, et de notre niveau d’engagement, ils ont vu qu’on s’était fait mal. Elles ont juste évité qu’il y ait un effet d’aubaine pour nous », explique Frédéric Baverez, directeur général délégué France de Keolis.

Les opérateurs ont de leur côté accepté de partager les économies réalisées sur les contrats, avec la réduction de l’offre : moins de carburants (-23M€ tout de même pour Transdev) ou de maintenance. «Notre montage contractuel nous oblige à restituer entre 40 et 50% aux autorités organisatrices », souligne Marie-Ange Debon.

Le risque d’une épidémie n’avait pas été intégré dans les contrats de délégation ; il en a découlé une zone de flou. La leçon a été retenue : « nos clients ont bien compris la nécessité d’inclure une clause covid. Désormais, tous les contrats à venir en intégreront une. C’est un recadrage du modèle», explique Thierry Mallet. En clair, cette clause implique que si une telle situation de chute drastique de la fréquentation se reproduit, du fait d’une pandémie, ce sera à la charge de la collectivité.

Belles joueuses, les collectivités ont aussi anticipé leurs paiements. Un geste apprécié par le privé, sachant que pour une entreprise, « dans une telle crise, il est primordial de préserver le cash », justifie le directeur financier de Transdev.

Quid de l’avenir ?

Pour 2021, Transdev et Keolis affichent de la prudence – ce qui les conduit à ne s’engager sur aucun chiffre pour leurs futurs résultats financiers – mais se veulent également confiants. Ils savent qu’ils ont face à eux un marché mondial énorme, de 150 Md€.

En France, ce marché est particulièrement dynamique, avec l’ouverture à la concurrence des trains régionaux TER (déjà lancés dans les régions Paca, Haut-de-France, Grand Est, et bientôt dans les Pays de la Loire), l’ouverture également du marché des bus franciliens, qui représente aussi un montant global énorme (plus de 3 Md€, avec 30 appels d’offres prévus, dont 9 déjà attribués, et 14 qui sont déjà avancés à des stades divers).

D’autres contrats emblématiques, comme Bordeaux ou Dijon, vont être remis en concurrence, et à un moindre niveau Cherbourg, Montluçon, Châteauroux ou encore Sète. « Même si les autorités organisatrices de la mobilité ont souffert en 2020, elles maintiennent leur dynamique, s’est félicité Frédéric Baverez, qui souligne les montants « assez significatifs » des projets prêts à être lancés en 2020 et 2021, annoncés récemment par France urbaine. « Et les collectivités urbaines continuent à considérer les transports en commun comme une priorité », ajoute-t-il.

Thierry Mallet veut croire que cette crise va donner l’occasion de redéployer l’offre de services de transports publics au sein d’un territoire, d’en retirer dans les centres villes où les mobilités douces se sont développées et où le télétravail a amoindri les besoins, pour répondre à une demande non satisfaite jusqu’alors dans les zones péri-urbaines et les territoires peu denses, et prendre ainsi des parts modales à la voiture.

L’enjeu sera aussi bien sûr de faire revenir les passagers à bord des transports publics, alors que 40% manquent encore à l’appel, mais ces acteurs privés ont bien conscience qu’une seule année ne sera pas suffisante à cela. « On aura une reprise progressive avec la montée en puissance de la vaccination, et l’offre de transport est largement maintenue. Nous sommes très optimistes pour les perspectives de l’année », veut croire Marie-Ange Debon.

Le fait que la fréquentation était revenue à 90% en septembre dernier, alors que la vie était presque redevenue normale, leur donne de l’espoir. Les opérateurs estiment qu’ils auront encore besoin du soutien (et donc des mesures compensatoires) des collectivités pour traverser 2021. D’ailleurs, chez Transdev, cette expérience a permis de réaliser qu’il fallait donner plus de pouvoir au local par rapport au siège parisien, « car c’est là que se sont prises les décisions et où étaient les vraies cellules de crise, en lien avec les collectivités », explique Thierry Mallet. Pour devenir plus agile et résilient, Transdev estime donc qu’il doit accentuer sa décentralisation. Pas sûr que l’Etat tire la même leçon de la crise.

FOCUS

La RATP dans le rouge également

Le groupe RATP a présenté quelques jours plus tard, le 12 mars, ses résultats 2020. Alors que Keolis et Transdev sont assez proches (hormis au niveau du résultat net), ceux de la RATP font apparaître un chiffre d’affaires en plus faible retrait, de 5,5 Md€ (-3,2 %). L’impact de la crise a été de 259 M€ sur le chiffre d’affaires et -352 M€ sur le résultat opérationnel (EBIT). Grâce à des plans d’économies, cet effet a été réduit pour conduire à un EBIT de 99 M€ et un résultat net part du Groupe de -134 M€ contre +131 M€ en 2019. Le budget consacré au nettoyage, à la désinfection du réseau et aux équipements sanitaires (masques)
a été quasiment multiplié par deux en 2020 (de 97 M€ en 2019 à 184 millions d’euros), et les effectifs dédiés à la propreté sur le réseau ont augmenté de +38 % (de 1 300 à 1 800 agents).

Référence :

Fonction publique territoriale : actualité, concours, recrutement, La Gazette.

L’analyse FO SOLEA

Un article, qui a de quoi nous interpeller, nous salariés des transports, organisations syndicales confondues et élus FO SOLEA.

A la lecture de cet article, on imagine aisément l’impact que cela aura dans un futur proche sur l’aspect social en entreprise. La santé et le pouvoir d’achat des salariés vont être en berne et mis à mal. Nous risquons d’en souffrir fortement si nous NE REDOUBLONS PAS de vigilance dans les mois et années qui viennent . L’aspect social ne doit pas être l’unique variable d’ajustement“. Il est fait complètement abstraction à ce volet. Comprenez qu’il y a matière à s’interroger . On voit bien que nous avons à faire à des misanthropes. L’humain est relégué très très loin derrière toutes leurs préoccupations. Alors que l’on sait tous qu’il représente une part non négligeable dans les budgets. Ils l’évoquent assez souvent que nous leur coûtons chers. Le mot social est souvent employé du bout des lèvres, si il pouvait être banni de leur vocabulaire , ils ne s’en porteraient pas plus mal pour poursuivre leur progression effrénée.

Posez vous un instant la question de Qui , des actionnaires,des usagers ou des salariés, profitent les gains de productivité ?

L’impact de la crise n’a pas eu que des conséquences néfastes pour les entreprises. Certaines ont su rebondir et contenir leur perte. Prendre le temps de renégocier leur contrat avec l’agglomération alors que dans le même timing , le nôtre (comprenez l’intéressement) était maintenu dans l’état initial. On voit bien que depuis le début de cette crise , il nous faut rester sur nos gardes en permanence. Il en va de notre qualité de vie au travail, de notre pouvoir d’achat,nous n’allons pas pouvoir continuer à subir cette régression sociale orchestrée sous prétexte de la pandémie . Tous les acteurs , y compris les partenaires sociaux ont un rôle et leur mot à dire!

97 Rue de la Mertzau 68100 Mulhouse.

Tel: 06-50-59-19-66

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